Lettre ouverte de Professeur Jean-Daniel Clavel, Dr. sc. techn, ing. dipl. & lic ès sc. économiques, à la Commission de l’Union Européenne.

L’immigration étrangère de masse

Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les Commissaires,

Le peuple suisse a décidé, le 9 février 2014, de limiter l’immigration étrangère de masse. Plusieurs raisons expliquent cette décision.

D’abord, le taux de population étrangère en Suisse est aujourd’hui beaucoup plus élevé que dans la plupart des pays européens : ce taux avoisine les 23-24%, alors qu’il est largement inférieur à 12% dans la grande majorité des pays de l’UE (*1). Favoriser une immigration étrangère de masse pour aboutir à un taux de 30-40% constituerait une menace directe pour l’identité et l’indépendance nationales. A témoin l’annexion de la Crimée par la Russie.

Ensuite, l’importante immigration étrangère de ces dernières années a provoqué une hausse très substantielle de la demande de logements, toutes catégories confondues : l’arrivée de riches étrangers tire les loyers vers le haut, celle d’étrangers moins fortunés et de réfugiés met le marché immobilier milieu et bas de gamme sous pression et fait augmenter les charges sociales de l’Etat et les impôts des contribuables. Par ailleurs, le taux d’urbanisation de la Suisse est déjà élevé : une partie importante du territoire est inconstructible et la surface vouée à l’agriculture ne peut pas être indéfiniment réduite. Une nouvelle initiative a du reste été lancée récemment à ce sujet.

En outre, les graves erreurs de politique économique commises par certains gouvernements européens depuis la fin des années 70 environ sont à l’origine de leurs performances économiques lamentables, lesquelles ont induit l’émigration massive de ces dernières années. Manifestement, les recommandations de l’OCDE n’ont pas été suivies, et ce n’est pas à la population suisse de payer pour les erreurs de ces gouvernements (*2).

Par ailleurs, la politique économique et commerciale de l’UE à l’égard du Maghreb et de l’Afrique de l’Ouest en particulier est directement responsable de l’augmentation de l’immigration de masse vers le continent européen. L’accord EURO-MED de 1995 (Conférence de Barcelone, 28-29 novembre 1995) ne créa pas des conditions de développement équitables des deux côtés de la Méditerranée, et handicape depuis bientôt 20 ans aussi bien l’industrie que l’agriculture maghrébine et africaine. Lors d’un séminaire que j’ai donné en décembre 1995 à Rabat, en mission pour le compte du Gouvernement français, les participants marocains me l’ont clairement fait comprendre: « Si la France n’accepte pas nos tomates, c’est nous qu’elle devra accepter ». Et l’OCDE (cellule de prospective) a mis plus d’une fois le doigt sur cette question sensible lors de ses débats sur l’origine de l’immigration africaine en Europe. En outre, la politique de certaines banques européennes constitue également un frein au développement socio-économique de ces pays et pousse indiscutablement à l’émigration de masse vers l’Europe et la Suisse : le coût annuel d’une carte de crédit peut être supérieur à un mois de salaire minimum dans certains pays de l’UEMOA ! Une pratique esclavagiste que connaissent parfaitement les gouvernements des pays de l’UE. Les consommateurs européens seraient-il prêts à payer 2'000 euros par an de taxe de base pour leur carte de crédit ? Le citoyen suisse doit-il payer pour cette attitude colonialiste de l’UE face au continent africain ? Non !

Enfin, l’antidémocratisme de l’UE (*3) devient repoussant et constitue une véritable verrue sur le nez du continent européen. Les peuples européens n’ont pratiquement jamais l’occasion de s’exprimer sur les enjeux essentiels qui les concernent directement. En voici deux exemples : d’une part, la Slovaquie a été contrainte de soutenir la Grèce dans ses efforts de réduction de la dette, après que la tenue d’un referendum sur ce sujet ait été refusée par Bruxelles, d’autre part, l’UE a interdit au gouvernement grec d’organiser un referendum sur le programme d’austérité imposé au peuple grec. J’ai l’impression que l’UE ressemble plus à un abattoir qu’à une Union d’Etats démocratiques !

Dans ces conditions, il est évident que la Suisse démocratique constitue un problème pour les politiciens européens : elle gêne le Ministre français Montebourg, elle gêne aussi l’allemand Peer Steinbrück qui se croit à la tête de la cavalerie prussienne, elle incommode le Président allemand Gauck, elle étonne le Président italien Napolitano, et j’en passe... Le besoin atavique d’autorité qui transperce des propos du Président Gauck, propos tenus lors de sa visite en Suisse, est préoccupant et rappelle le besoin viscéral de certains dirigeants, allemands entre autres, de disposer d’un chef. Je n’ose pas imaginer que Monsieur Gauck veuille imposer un Führer à la Suisse ou à l’Europe, mais d’aucuns l’ont certainement déjà fait. En réalité, on n’est peut-être pas si loin d’une reprise en mains de l’Europe par l’Allemagne : la volonté de la Chancelière allemande d’imposer le luxembourgeois Juncker à la tête de la Commission pose en effet un sérieux problème. Avec Juncker à la Présidence de la Commission, l’UE ne va pas pouvoir se réformer rapidement et efficacement et va s’affaiblir toujours plus, ce qui va permettre à l’Allemagne de poursuivre sa montée en puissance – la France est hors-jeu pour un moment– pour émerger comme seule force économique, politique et diplomatique de poids en Europe. Sans devoir répéter les tragédies de 1914-18 et 1939-45, mais grâce au manque dramatique de vision politique de ses partenaires européens, l’Allemagne va bientôt pouvoir assouvir son besoin de puissance en Europe : à témoin, déjà, le poids de Berlin dans les relations entre Moscou, Kiev, Bruxelles et Washington pour apporter une solution à la crise ukrainienne. Apparemment, seul le Premier Ministre anglais Cameron semble l’avoir compris.

Ainsi, Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les Commissaires, avant de chercher des poux dans la paille de votre voisin suisse, nettoyez donc vos écuries d’Augias – vous serez occupés pour plusieurs décennies encore, surtout si vous ne changez pas de balais !

J’adresse copie de ce courrier au Guiness Book of Records pour que soient octroyés à l’Union Européenne deux records absolus largement mérités : le record de l’incompétence économique et le record de la farce démocratique.

Avec mes salutations distinguées.

Professeur Jean-Daniel Clavel

 

(*1) EUROSTAT/INSEE, 2012/2013. Par exemple, taux de population étrangère en Allemagne 9.1 %, en France, 5.9%. Mis à part l’Estonie et la Lettonie, tous les autres Etats d’Europe centrale et orientale ont un taux de population étrangère largement inférieur à 4%.

(*2) Voir El Mundo, 17.11.2012 : Sylvia Nasar : No sé donde estudiarons los líderes de la UE, pero son analfabetos económicos »

(*3) En fait, l’antidémocratisme de la CEE, puis de l’UE, vis-à-vis de la Suisse n’est pas nouveau. Ainsi, j’ai vécu quelques épisodes similaires lorsque je coordonnais les négociations de la « deuxième corbeille » dans le cadre de la CSCE, de Vienne en 1987 à Bonn en 1990. A la fin du Forum économique de Bonn en mars/avril 1990, certains collègues européens m’ont simplement dit « Maintenant, c’est fini : la Suisse n’a plus rien à dire, elle doit rentrer dans le rang. Ce petit pays doit suivre et rester à sa place».

09.07.2014 | 3413 Aufrufe